LE DEVELOPPEMENT DU LANGAGE ORAL

Développer le langage chez l’enfant est primordial pour son apprentissage de la lecture.

Toute acquisition de langage s’effectue en deux temps : dans un premier temps, l’enfant saisit, comprend, un élément de langage (un mot, une construction de phrase…) ; dans un deuxième temps, il l’utilise, il le dit. Quand l’enfant a repéré et compris le mot, tôt ou tard, sauf en cas de problèmes particuliers, il l’utilise. Donc, ce qui est à cultiver, c’est la compréhension.

De quoi dépendent les progrès en langage ? D’abord de la motivation de l’enfant, de son désir de       « saisir » ce qui s’échange en sa présence, et de participer au dialogue en son nom propre.

L’acquisition du langage, avant celle de la lecture, suppose déjà un certain degré de maturation, une envie d’utiliser ce moyen de se situer socialement, et donc de sortir de la relation fusionnelle avec la mère, telle qu’elle existe au début de la vie.

La mère introduit le langage dans la relation en parlant à son enfant, même très jeune. Elle l’appelle ainsi à être un être parlant, à communiquer par la voix, puis par la parole. Un peu plus tard, l’enfant s’intéresse au langage parce que c’est le mode de communication de ses parents, dans laquelle il cherche à s’introduire. Pour y accéder, il doit accepter d’être une personne différente, avec des repères et des limites : pour dialoguer, il faut être deux, il faut se situer par rapport à un Autre.

 

De même, l’enseignant invite l’enfant à se structurer en l’appelant au dialogue, avec lui-même et avec les autres enfants, dans tous les moments favorables qui pourront y être consacrés.

Dès lors que l’enfant désire communiquer par le langage, il n’y a d’autre nécessité que celle d’élargir sa compréhension du matériel linguistique. Cet approvisionnement fait précisément défaut dans des contextes socioculturels souvent rencontrés, l’utilisation de la parole y restant limitée, ou le français n’y étant pas la langue maternelle, de sorte que le langage reste pauvre structurellement et en vocabulaire.

L’ ’enseignant joue pleinement son rôle en faisant naître (parfois) et en nourrissant constamment l’appétit de l’enfant pour le langage. Il est donc essentiel de privilégier le langage oral à l’école maternelle, sous forme de dialogues, d’histoires lues, d’histoires racontées, de commentaires d’images et d’histoires en images, de mémorisation de textes brefs. Toutes ces activités seront d’autant plus bénéfiques si l’enseignant lui-même, pour son propre compte, prend plaisir à toutes les ressources du langage, dans ses aspects poétiques et ludiques aussi bien qu’opérationnels.

Le dialogue : Utiliser chaque événement de la vie quotidienne pour le traduire en mots ; encourager chaque enfant à raconter quelque chose de sa vie, de son expérience, de ses rencontres, toute occasion est à saisir, du moment que l’on donne à l’enfant l’envie et la possibilité d’entendre, d’écouter l’autre et de s’exprimer à son tour, avec les capacités qui sont les siennes.

Cela suppose, bien sûr, d’instaurer dans la classe des temps d’écoute et de parole régulés, où chacun a sa place, où l’échange verbal prend toute son importance : Il s’agit d’apprendre à exister dans la communication et de perfectionner cet outil.

Dans le dialogue qui s’instaure, l’E. reprend, reformule, ce qui a été dit, apporte un vocabulaire plus précis, ou complémentaire, restitue une phrase dans une construction plus correcte, donne une explication pour les uns ou les autres, rectifie un mot mal prononcé.

Interrompre le discours de l’enfant pour corriger et faire répéter n’est pas souhaitable : l’enfant a besoin de temps et de disponibilité intérieure pour mettre en forme sa pensée ; le langage prend pour lui de l’intérêt si l’on écoute ce qu’il a à dire. C’est donc après avoir écouté le contenu du message, que l’on pourra saisir l’occasion de faire bien entendre la forme exacte du mot qui a été déformé ou mal articulé (L’enfant sera alors disponible pour le redire plus correctement).

Les images et les histoires en images (ou les propres dessins des enfants) : Elles fournissent un support de langage : Les enfants explicitent leur compréhension de l’image ou de l’histoire, leurs intentions par rapport au dessin, évoquent leur propre expérience…

Les histoires : Lire et raconter des histoires aux enfants, même de façon répétitive, permet d’initier aux richesses du langage écrit les enfants qui n’ont pas eu ce privilège, et leur donne envie de lire par eux-mêmes. La passivité apparente de l’enfant qui écoute est pourtant féconde : D’une part, l’enfant établit à travers cette écoute des liens transférentiels fondamentaux pour son appétence du langage ; d’autre part, toute histoire est une reconstruction du monde dans l’ordre symbolique du langage ; à ce titre, l’enfant s’y intéresse. Il assimile des expressions qui lui fournissent de nouveaux moyens de gérer la réalité du monde. Il élargit sa compréhension de mots qui sont là utilisés dans des acceptions nouvelles pour lui…, etc. l’enseignant simplifie éventuellement les formulations trop peu accessibles. L’histoire lue donne lieu à du dialogue.

Les comptines : En apprenant collectivement des comptines courtes, rythmées et ludiques, les enfants assimilent du langage, se familiarisent avec une approche poétique et ludique de la langue. Les mots nouveaux, même si leur sens très précis n’est pas toujours parfaitement assimilé, peuvent faire rêver, ce qui est aussi une façon de vivifier le rapport à la langue.

Répétons-le : Plus le langage oral aura été investi (comme un plaisir), considéré et développé en

Maternelle, plus les enfants seront en bonne condition pour aborder, en son temps, l’apprentissage de la lecture. L’atout maître de l’enseignant dans ce domaine est de se faire acteur (mimer vaut beaucoup d’explications), conteur, récitant… autrement dit, de prendre lui-même plaisir à jouer avec le langage, pour transmettre ce plaisir en invitant chaque enfant, chacun à son niveau, à faire de même.

 

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