VIAN Boris


 
 

Vian, Boris (1920-1959), écrivain et musicien de jazz français, auteur de l'Écume des jours, devenu une figure mythique de la littérature française. Né à Ville-d'Avray, près de Paris, le 10 mars 1920, Boris Vian commença des études de philosophie mais, désireux de s'orienter vers le métier d'ingénieur, il prépara ensuite, au lycée Condorcet, l'École centrale où il fut admis en 1939. Il devint ingénieur en 1942. Atteint d'une maladie de cœur, qu'il transposera sous la forme poétique d'un nénuphar dans l'Écume des jours, Boris Vian semble avoir souhaité vivre le plus intensément possible, multipliant ses activités et ses expériences. Ce passionné de jazz devint naturellement après la guerre l'une des figures les plus connues des nuits de Saint-Germain-des-Prés. Trompettiste de talent (il jouait régulièrement dans une boîte devenue célèbre, Le Tabou), il fut un parolier et un interprète insolent : sa chanson le Déserteur, fit scandale pendant la guerre d'Algérie. Il composa également des chansons pour des artistes comme Serge Reggiani ou Juliette Gréco. S'il fréquentait les existentialistes dans les cafés, il resta avant tout un grand admirateur d'Alfred Jarry, père de la 'Pataphysique, cette « science des solutions imaginaires », qui était en fait une révolte humoristique contre la philosophie positiviste. Vian tint également une « Chronique du menteur », qui lui était réservée dans la revue de Sartre, les Temps modernes, et écrivit un grand nombre d'articles sur le jazz pour la revue Jazz Hot. Ses Écrits sur le jazz, publiés en 1981 et 1982, regroupent l'ensemble des textes épars qu'il consacra à sa musique favorite. C'est sous le pseudonyme américain de Vernon Sullivan que Boris Vian entra en littérature. Son premier livre, qu'il proposa au public comme le récit d'un auteur américain dont lui-même n'était que le traducteur, était une sorte de thriller violent, intitulé J'irai cracher sur vos tombes (1946). Le héros de ce récit est un jeune Noir qui veut venger le lynchage de son frère cadet, assassiné par les Blancs. Doté de l'apparence d'un Blanc par un curieux caprice de la nature, il peut s'introduire dans les milieux huppés de la bourgeoisie blanche ; il séduira deux sœurs, créatures superbes issues des meilleures familles, pour les tuer sauvagement l'une et l'autre avant d'être lui-même pendu par la police. L'ouvrage, qui traite du racisme, de la violence et de la sexualité, provoqua un énorme scandale en France, puisque la presse se déchaîna et que l'« affaire » fut portée devant les tribunaux. Après ce premier scandale, Vernon Sullivan réitéra sa provocation avec des romans tels que Elles se rendent pas compte (1948) ou Et on tuera tous les affreux(1948), tous placés sous le signe de la sexualité et du scandale. Sous son nom véritable, Vian publia des ouvrages d'un ton moins violent mais tout aussi désespéré, où ses liens avec l'humour et la 'pataphysique sont sensibles : Vercoquin et le Plancton (1946), l'Automne à Pékin (1947), l'Écume des jours (1947), l'Herbe rouge (1950) ou l'Arrache-cœur (1953). L'ouvrage le plus connu de Vian, et peut-être son chef-d'œuvre, reste l'Écume des jours(1947), une histoire d'amour déchirante, aujourd'hui encore lue avec une grande ferveur par un lectorat adolescent. Ce livre a pour héros Colin, amateur de jazz, et son amie Chloé. Leur ami Chick, lecteur de Jean-Sol Partre, est à leurs côtés. Le livre commence de façon idyllique, puisque le monde, animé ou inanimé, forme un berceau harmonieux pour les deux amants : le bonheur est partout. Mais bientôt Chloé tombe malade et se met à tousser : la maladie est transposée sous la forme d'un nénuphar qui pousse dans sa poitrine. Avec la maladie qui tue Chloé peu à peu, le monde rieur laisse la place à la tristesse et à la laideur, et la mort touche tous les êtres qui l'entouraient : Chick meurt et Colin se suicide. Cette histoire tragique, hantée par l'angoisse de la maladie qui détruit la jeunesse, devint célèbre grâce aux jeux de langage qui la caractérisent. Vian est également l'auteur de nouvelles, telles que les Fourmis (1949) ou le Loup-garou (1964), de recueils de poèmes comme les Cent sonnets (1941-1944), Cantilènes en gelée (1950) ou Je voudrais pas crever(1962), et de pièces de théâtre, composées de dialogues décousus et de comportements incompréhensibles, qui relèvent du théâtre de l'Absurde et expriment le caractère désespéré de l'existence humaine. L'Équarrissage pour tous(1948), par exemple, jouée pour la première fois en 1950, est une comédie noire qui se déroule dans un abattoir en 1944, tandis que les Bâtisseurs d'empire(1959) se présente comme une tragédie burlesque dans laquelle une famille est lentement conduite en haut de sa propre maison par un personnage étrange et silencieux, le Schmürz. Citons également le Goûter des généraux (1951). Pour Darius Milhaud, Boris Vian composa en 1958 un livret d'opéra, qui a pour titre Fiesta. Malade depuis son enfance, Boris Vian fut terrassé par une crise cardiaque le 23 juin 1959, à l'âge de trente-neuf ans.


Quelques mots sur Boris Vian, Club des Poetes

      Bien qu'il ait écrit un inoubliable cantique à la célébration de la boite :
      "On peut tout mettre dans les boites, des cancrelats et des savates,
      et des oeufs durs à la tomate
      .
      On peut y mettre aussi des gens, et même des gens bien vivants ! et intelligents. " Boris Vian n'aimait pas beaucoup les compartiments. Musicien (trompettiste de Jazz), scientifique (diplômé de l'Ecole Centrale Paris), romancier (auteur de romans à scandale sous le pseudonyme de
      Vernon Sullivan), il réunissait suffisamment de qualités pour prétendre au titre de poète. Proche de Raymond Queneau par son souci de dégager la poésie de tout aspect solennel et par son attirance pour toutes les formes d'insolences, il mourut d'une crise cardiaque en assistant à la projection du film tiré de son roman «J'irai cracher sur vos tombes». 

Les citations de Boris Vian

«Je déteste les femmes qui croient pouvoir se permettre d'être laides parce qu'elles sont intelligentes.»
[ Boris Vian ] - Textes et chansons

«Du temps que les femmes ne votaient pas, on faisait la guerre pour elles. Maintenant qu'elles votent, on la fait pour le pétrole. Est-ce un progrès ?»
[ Boris Vian ]

«On se rappelle beaucoup mieux les bons moments : alors, à quoi servent les mauvais ?»
[ Boris Vian ]

«N'importe quel objet peut être un objet d'art pour peu qu'on l'entoure d'un cadre.»
[ Boris Vian ]

«La vie vaut-elle d’être vécue ? L’amour vaut-il qu’on soit cocu ? Je pose ces deux questions Auxquelles personne ne répond.»
[ Boris Vian ] - Je bois

«Militaire : variété d'homme amoindri par le procédé de "l'uniforme" qui est une préparation à l'uniformité totale du cercueil.»
[ Boris Vian ] - Textes et chansons

«On commence à avoir des malheurs quand on a cessé de ne penser qu'à soi.»
[ Boris Vian ]

«Le jour où personne ne reviendra d'une guerre, c'est qu'elle aura enfin été bien faite.»
[ Boris Vian ] - Textes et chansons

«Il y a deux façons d'enculer les mouches : avec ou sans leur consentement.»
[ Boris Vian ] - Cantilènes en gelée

«Un jour il y aura autre chose que le jour.»
[ Boris Vian ] - Je voudrais pas crever

«Un bon chien vaut mieux que deux kilos de rats.»
[ Boris Vian ]

«Les articles de fond ne remontent jamais à la surface.»
[ Boris Vian ] - Extrait de la revue Jazz Hot

«Pour faire un soldat, il faut défaire un civil.»
[ Boris Vian ]

«Il y a deux façons de ne plus avoir envie de rien : avoir ce qu'on voulait ou être découragé parce qu'on ne l'a pas.»
[ Boris Vian ] - L'herbe rouge

«Puisque vous renierez plus tard pourquoi ne pas renier tout de suite ?»
[ Boris Vian ]

«Dire des idioties, de nos jours où tout le monde réfléchit profondément, c'est le seul moyen de prouver qu'on a une pensée libre et indépendante.»
[ Boris Vian ] - Le goûter des généraux

«- A quoi est due la chute d'Adam et Eve ? - C'était une erreur de Genèse.»
[ Boris Vian ]

«La foi soulève des montagnes mais les laisse joyeusement retomber sur la tête de ceux qui ne l'ont pas.»
[ Boris Vian ]

«Le problème avec les gens intelligents, c'est qu'ils ne sont jamais assez intelligents pour ne pas dire qu'ils sont les plus intelligents.»
[ Boris Vian ]

«Le temps perdu c'est le temps pendant lequel on est à la merci des autres.»
[ Boris Vian ]

«La vérité n'est pas du côté du plus grand nombre, parce qu'on ne veut pas qu'elle y soit.»
[ Boris Vian ]

«On ne connaît la loi que lorsque les gens l'enfreignent.»
[ Boris Vian ]

«N’importe quoi, sauf la vérité. Il n’y a que ça qui ne se vend pas.»
[ Boris Vian ]

«La presse française fait preuve d’une partialité révoltante et ne traite jamais que les mêmes sujets : les hommes politiques et les autres criminels.»
[ Boris Vian ]

«La femme est ce que l'on a trouvé de mieux pour remplacer l'homme quand on a la déveine de ne pas être pédéraste.»
[ Boris Vian ]

«Je ne sais pas ce qui est beau, mais je sais ce que j'aime et je trouve ça amplement suffisant.»
[ Boris Vian ] - Extrait de la revue Jazz Hot

«Supprimez le conditionnel et vous aurez détruit Dieu.»
[ Boris Vian ]

«La douleur est une chose que l'on n'a le droit d'infliger qu'à soi-même.»
[ Boris Vian ]

«Mieux vaudrait apprendre à faire l'amour correctement que de s'abrutir sur un livre d'histoire.»
[ Boris Vian ] - L'herbe rouge

«Les gens sans imagination ont besoin que les autres mènent une vie régulière.»
[ Boris Vian ]

«Si c’était à refaire, recommenceriez-vous ? dit la chanson ; jamais on ne recommencerait, à moins d’être gâteux ou d’ignorer le goût de l’expérience.»
[ Boris Vian ] - Extrait des Chroniques du menteur

«Etre satisfait ou gâteux, c'est bien pareil. Quand on n'a plus envie de rien, autant être gâteux.»
[ Boris Vian ] - Les bâtisseurs d'empire

«La Légion d'honneur de Lyon ? La rosette !»
[ Boris Vian ]

«L'argent ne fait pas le bonheur de ceux qui n'en ont pas.»
[ Boris Vian ]

«Il subsiste encore sur “notre terre” des individus dont la préoccupation majeure et les intérêts les plus affirmés sont de manger bien, de boire froid, de se divertir et de se reproduire.»
[ Boris Vian ] - Extrait des Chroniques du menteur

«Le travail, c'est ce qu'on ne peut pas s'arrêter de faire quand on a envie de s'arrêter de le faire.»
[ Boris Vian ]

«Le désert est la seule chose qui ne puisse être détruite que par construction.»
[ Boris Vian ]

«Quand on se voit milliardaire, on se voit toujours en train de dépenser le milliard, jamais de le gagner.»
[ Boris Vian ]

«On ne comprend pas une oeuvre, on comprend l'homme qui l'a faite.»
[ Boris Vian ] - Extrait de la revue Jazz Hot

«Le génie est une longue patience, c'est une réflexion de génie pas doué.»
[ Boris Vian ] - Extrait des Textes et chansons


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