L'expérience Scolaire 2

LES MUTATIONS DE L’ECOLE
 
Nombreux sont ceux, parents, élèves et enseignants qui affirment les principes d’une bonne école et de renvoyer à la nostalgie de l’âge d’or d’une institution à la fois efficace, juste, soucieuse des élèves et pouvant asseoir la reconnaissance sociale des enseignants parce qu’elle défendait une connaissance libératrice. La fonction de distribution tient au fait que l’école attribue  des qualifications scolaires possédant une certaine utilité sociale dans la mesure où certains emplois, positions ou statuts sont réservés aux diplômés. L'école répartit des biens ayant une valeur sur les marchés professionnels et la hiérarchie des positions sociales. La fonction éducative liée au projet de production d’un type de sujet qui n’est pas totalement adéquat à son utilité sociale. La fonction de la socialisation. L’école produit un type d’individu adapté à la société dans laquelle il est et reprenant l’héritage que toute éducation transmet. En même temps que l’école est un appareil de distribution des positions sociales, elle est un appareil de production des acteurs ajustés à ces positions.
Du ministère à la classe il n’y a que des relations hiérarchiques et des règlements, mais aucun niveau doté de réelles capacités de décision.
Si les enfants du peuple ne font pas d’études longues, c’est à cause des inégalités sociales  qui leur interdisent d’en payer le prix.  Par contre, l’existence d’une mobilité scolaire, fût-elle  faible démontre à tous que ceux qui ont fait des études sont récompensés et que, par conséquent, l’école est juste dans son fonctionnement même alors que l’accès à cette école est socialement injuste.

    LES MUTATIONS DE L’ECOLE

Plus que les volontés politiques ou que les changements organisationnels et pédagogiques la massification a transformé les règles du jeu scolaire, ses régulations, les relations pédagogiques et les rapports du système à son environnement. La massification scolaire se présente comme une tentative continue, notamment depuis les années 50, résultant tout autant des demandes des individus que de l’offre publique d’éducation.

    MASSIFICATION ET CONCURRENCE

    La première vague de massification d’après-guerre , celle des années 50 et 60, repose sur une croissance très sensible des effectifs scolaires de l’enseignement secondaire.
La seconde phase d’accélération de la massification commence à la fin des années 70 et ne cesse de se renforcer avec une forte poussée durant les 5 dernières années. Le taux de bacheliers passe de 12 % en 1963 à 27 % en 1982 pour atteindre près de 60 % aujourd’hui et dépasser, selon les prévisions, les 75 % en 1998 (60% de ces bacheliers sont dans les filières générales).Le grand clivage n’oppose plus ceux qui accèdent aux études secondaires et ceux qui n’en bénéficient pas, mais ceux qui réussissent leur parcours et ceux qui échouent et sont orientés vers des voies de relégation relative.
La barrière essentielle ne distingue plus ceux qui vont au collège et ceux qui n’y vont pas, mais ceux que leurs performances conduiront au lycée d’enseignement général et ceux qui seront orientés vers des enseignements moins prestigieux. Massifié, le système nouveau est engagé dans un processus de diversification continue. Les filières scolaires se multiplient selon des relations hiérarchiques extrêmement prononcées. C’est le type de baccalauréat qui devient le critère décisif. Les bacheliers sont de  plus en plus jeunes dans les filières d’excellence alors qu’ils vieillissent dans les formations moins valorisées. Cette compétition entraîne un mode de sélection par l’échec scolaire : on ne choisit plus que les formations que l’on peut choisir en fonction des performances réalisées et, surtout, on quitte moins le système en fonction de la qualification visée qu’en fonction du niveau d’incompétence atteint.
A. Prost observe qu’à partir de la première moitié des années 70 les inégalités, un moment réduites, se renforcent de nouveau par le jeu des filières.  Non seulement il se crée une « inflation » et une « dévaluation » des diplômes, mais le chômage des jeunes fait que l’échec scolaire a de grandes chances d’entraîner un échec social. Le fait que les diplômes continuent, malgré tout, à protéger ceux qui les possèdent accentue, par contrecoup, le handicap de ceux qui en sont privés.  

    DES FINALITES DIVERSIFIEES

Ainsi l’école est-elle aujourd’hui soumise à une finalité d’adaptation à l’économie et aux emplois qui se manifeste notamment par la création continue de nouvelles filières et de nouvelles formations et, au-delà, par la critique largement popularisée de l’inadaptation d’une institution qui serait un des principaux facteurs de chômage.

L’ORGANISATION DESTABILISEE

L’image dominante est celle d’une crise continue du système éducatif tenant à l’effondrement des anciennes formes pédagogiques, à la « chute » du niveau, à l’affaiblissement du prestige des enseignants, à la mise en concurrence de la culture scolaire et des cultures de masse plus séduisantes et plus puissantes, à l’arrivée de nouveaux élèves inadaptés.  
Depuis une quinzaine d’années, l’établissement se voit pourvu d’un pouvoir de décision et d’initiative nouveau. Alors qu’un système malthusien assurant la promotion des boursiers par les voies classiques n’était pas tenu d’assurer l’orientation des élèves, l’école est aujourd’hui obligée de construire des procédures d’orientation tenant compte à la fois de l’offre éducative du marché de l’emploi et des désirs des élèves et de leurs familles.  
Le niveau scientifique, la didactique, la psychologie ne sont pas seulement des disciplines nécessaires, mais aussi des manières de définir un métier qui ne peut être seulement conçu comme la transmission des connaissances, mais comme la construction d’une relation pédagogique qui ne va plus de soi quand les relations des maîtres et des élèves ne reposent plus sur des attentes partagées et des définitions de rôles acceptées.  
L’absentéisme des enseignants et des élèves, le découragement des premiers et parfois la violence des seconds mettent en évidence l’épuisement d’une culture et d’une organisation scolaire dont on a longtemps cru  que l’extension à tous était synonyme de justice, de progrès et d’épanouissement individuel .Or, force est de constater que cette croyance s’épuise, que bien des élèves résistent à l’emprise d’une école qui s’est longtemps pensée comme libératrice.  

    L’INSTITUTION, LE ROLE ET L’EXPERIENCE

 Au fil des années, c’est une autre école qui s’est formée  qui a su accueillir et former des millions de nouveaux élèves au sein d’un cadre qui ne s’est pas totalement transformé.


    SOCIALISATION ET EXPERIENCE SCOLAIRE
 
Il va de soi que l’école ne peut échapper à la nécessité de diffuser des modèles culturels et des connaissances, et de construire ainsi un type d’acteur conforme aux attentes sociales sous le double aspect des positions qui devront occuper les enfants et des « valeurs générales » auxquelles les individus devront se conformer. L’école est définie par sa capacité d’inculquer une culture et des dispositions que les élèves intériorisent.  

    SOCIALISATION INTEGRATION ET INDIVIDU

Une école ce n’est pas seulement un local où un maître enseigne, c’est un être moral, un milieu moral imprégné de certaines idées, de certains sentiments, un milieu qui enveloppe aussi bien le maître que l’élève. L’action de l’éducation est d’autant plus totale que, sans elle, la nature humaine serait emportée vers la mort par l’infinité du désir et des pulsions, car aucune morale, aucune conscience individuelle à proprement parler  ne préexistent au social. Construction d’un individu d’autant plus autonome qu’il est capable de se maîtriser lui-même.  

    L’EXPERIENCE SCOLAIRE

Le bon élève n’est pas seulement capable de se conformer aux attentes de l’organisation, il est aussi celui qui triomphe dans un espace scolaire défini comme une compétition dans laquelle il est nécessaire d’anticiper sur le moyen et le long terme de choisir de la façon la plus efficace et de mesurer à la fois les bénéfices et les coûts.
L’élève peut travailler parce que c’est ainsi, parce qu’il a intériorisé l’obligation du travail scolaire dans sa famille et à l’école, et c’est essentiel. Mais cet élève doit et peut aussi travailler s’il est capable de percevoir l’utilité, scolaire ou non, de ce travail, s’il est en mesure ou en position d’anticiper les gains, ce qui ne recouvre pas exactement le premier type de signification. Enfin, l’élève peut travailler  parce qu’il éprouve ce travail comme une forme de réalisation de soi, l’intérêt intellectuel.
Le second grand type de variable déterminant l’expérience scolaire tient à la position sociale et scolaire des élèves. En fonction de leur place dans le système, les élèves ne sont soumis ni aux mêmes programmes ni aux mêmes méthodes et ne disposent certainement pas des mêmes ressources stratégiques.

Sujet proposé par H.Nadia

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