La pédagogie efficace

Sur quoi se baser pour raffiner la pratique de l'enseignement

Il est possible de définir et de décrire un enseignement efficace. Il devient donc possible d'améliorer la pratique de l'enseignement par le biais de programmes de perfectionner professionnel qui poussent les enseignants à la réflexion.
Principes de base d'une pédagogie efficace
Une pédagogie efficace est guidée par des approches pédagogiques générales et des pratiques de l'enseignement précises. Les approches et les pratiques de l'enseignement préconisées dans ce document sont basées sur les croyances suivantes de ce que constitue une pédagogie efficace.
1.    Une pédagogie efficace est éclectique (variée).
La pratique de l'enseignement ne doit pas être entravée par l'idée qu'il n'existe qu'une seule façon de bien faire les choses. Il faut au contraire inviter l'enseignant à élargir son répertoire d'approches pédagogiques en prenant des risques dans un environnement qui l'encourage.

2.    Une pédagogie efficace est directement liée au succès de l'expérience d'apprentissage.
On peut parler de pédagogie efficace lorsque l'enseignant  parvient à combiner l'élaboration d'un programme solide avec un enseignement parfait, pour une expérience d'apprentissage fructueuse. Il est essentiel qu'il y ait réciprocité entre l'enseignant et ses élèves. Cela signifie que l'élève doit être perçu comme un participant actif de la démarche d'enseignement et d'apprentissage.

3.    Une pédagogie efficace est la pratique professionnelle responsabilisée en action.
Elle encourage les enseignants à faire preuve d'initiative et de souplesse dans leur façon d'enseigner, pour mieux répondre aux besoins des élèves.

4.    Une pédagogie efficace intègre les composantes du tronc commun.
Lorsqu'ils prennent des décisions pédagogiques, les enseignantes doivent tenir compte du contenu, des perspectives et de la démarche précisés dans le programme d'études pour un domaine d'étude obligatoire ou un cours choisi localement, et dans les apprentissages essentiels communs appropriés. Ils doivent également prendre des décisions au sujet de l'adaptation de l'enseignement pour répondre aux besoins de chaque élève.

5.    Une pédagogie efficace est générative et dynamique.
Des variables en perpétuelle évolution ont une incidence sur les décisions pédagogiques. Les enseignants et enseignantes sont encouragés à élargir leur répertoire d'approches pédagogiques en tenant compte des fondements de la recherche, de toute les connaissances pratiques et théories actuelles et du rôle actif que joue l'élève dans son apprentissage.

6.    Une pédagogie efficace reconnaît que l'enseignement est un art aussi bien qu'une science.
Un enseignement réussi est celui qui réalise le mieux l'équilibre entre l'art (qui a prédominé dans le passé) et la science de l'enseignement.

7.    Une pédagogie efficace reconnaît une compréhension globale du cycle pédagogique.
Le cycle pédagogique consiste à évaluer les besoins, les intérêts et les points forts des élèves par le biais d'observations et de consultations avec eux. Les enseignants et enseignantes sont alors en mesure de déterminer les approches pédagogiques qui conviennent, de dispenser leur enseignement d'une manière qui corresponde aux aptitudes et aux styles d'apprentissage des élèves et d'évaluer la croissance et le niveau de compréhension des élèves. Le cycle se termine par une autoréflexion des enseignants et par des autres consultations entre enseignants et élèves.

8.    Une pédagogie efficace s'exprime le mieux quand les éducateurs collaborent entre eux pour élaborer, implanter et perfectionner leurs pratiques de l'enseignement.
On peut améliorer sa façon d'enseigner en prêtant une attention systématique et soutenue à son propre perfectionnement professionnel. Les enseignants  peuvent perfectionner leurs pratiques de l'enseignement en participant à des programmes de perfectionnement professionnel ou en travaillant avec des collègues et des responsables de la supervision. Ces programmes doivent comporter des éléments de réflexion personnelle tels que ceux que l'on trouve dans ce document.

L'enseignement



L'enseignement est un art aussi bien qu'une science. C'est aux éducateurs que revient de faire équilibre entre les deux.
Ce document avec son infrastructure pédagogique souscrit à l'idée qu'une pédagogie efficace relève à la fois de la science et de l'art. Il confirme la notion que l'enseignant est celui qui prend les décisions pédagogiques et qu'ils ont donc besoin de toute une gamme d'approches pédagogiques parmi lesquelles ils peuvent faire un choix lorsqu'ils prennent des décisions avisées. Ce document souscrit également à l'idée que c'est discutant des raisons de leurs succès et de leurs échecs que les enseignants et enseignantes peuvent améliorer leur enseignement. C'est uniquement par cette autoréflexion et par ce discours professionnel qu'ils peuvent saisir l'essence de ce qui constitue un bon enseignement.



Les enseignants


Les enseignants doivent se percevoir comme ceux et celles qui prennent les décisions pédagogiques. Ils doivent posséder une base de connaissances solide sur l'enseignement, un répertoire de pratiques d'enseignement et des capacités de réflexion et de résolution de problèmes

L'enseignant ou l'enseignante doit :
·    être bienveillant et enthousiaste;
·    bien connaître son sujet et la façon de l'enseigner;
·    attendre beaucoup de ses élèves;
·    comprendre les liens entre l'enseignant ou l'enseignante, l'apprenant et la tâche pédagogique;
·    faire part à ses élèves d'une rétroaction constructive et cohérente.
L'élève doit :
·    vouloir apprendre le sujet à étudier;
·    voir la pertinence du sujet à étudier;
·    prendre part aux décisions relatives à son apprentissage;
·    se sentir motivé;
·    comprendre les rapports entre l'approche pédagogique et l'expérience d'apprentissage.
La tâche pédagogique doit :
·    être spécifique et de dimension raisonnable;
·    être réalisable compte tenu des capacités et des intérêts de l'élève;
·    faire participer l'élève activement;
·    poser un défi à l'élève et lui sembler pertinente.

Les élèves


Les élèves doivent être perçus comme des apprenants autonomes qui peuvent devenir conscients de leurs propres besoins et de la manière d'y répondre.
Pour devenir des apprenants autonomes, il existe plusieurs processus de développement dont les élèves peuvent suivre les étapes :
·    de dépendants à indépendants;
·    de connaissance et compréhension à synthèse et évaluation;
·    de préopérationnel à raisonnement structuré;
·    d'un environnement d'apprentissage fermé à un environnement ouvert.

Résumé

Les « Approches pédagogiques » reposent sur des fondations multiples. Parmi celles-ci :
·    il est possible de définir et de décrire une pédagogie efficace;
·    l'enseignement est un art aussi bien qu'une science;
·    les enseignants doivent se percevoir comme ceux  qui prennent les décisions pédagogiques;
·    enseignants  doivent percevoir les élèves comme des apprenants autonomes.
Chacun de ses paramètres souligne l'importance de la prise de décision pédagogique, surtout si l'on tient compte des défis qui se rattachent à l'exécution des composantes du tronc commun.
Il faut aider le lecteur à bien comprendre la gamme et la complexité des approches pédagogiques. Le chapitre qui suit propose une infrastructure dont le but est d'illustrer un aperçu comparé de la pratique de l'enseignement.

Le processus de réflexion

Ce document devrait être d'un précieux secours pour les éducateurs :
·    en affirmant l'art d'enseigner;
·    en suscitant la discussion;
·    en poussant à la réflexion;
·    en fournissant un appui pour favoriser le perfectionnement professionnel.
Les questions qui portent à la fin de chaque chapitre ont été conçues dans cette intention. Elles servent de cadre à la réflexion personnelle et de point de départ pour les discussions en groupe sur les différents sujets abordés dans ce document.

Questions qui portent à la réflexion

1.    Quelles sont les approches pédagogiques dont je me sers en classe? Pourquoi? Qu'est-ce qui m'a poussé à adopter mon style d'enseignement actuel?
2.    Quelles autres approches pédagogiques aimerais-je incorporer dans ma pratique de l'enseignement?
3.    Lorsque je songe à l'intégration de la science de l'enseignement et de l'art d'enseigner, je vois un enseignement qui…




 

Pedagogie

Commentaires (1)

1. Claude Bourrinet 26/12/2010

L’art d’enseigner est-il une science ?
Le « bon » enseignement n’est-il pas comme la quadrature du cercle, une aporie ?
Personne, et surtout pas les spécialistes, qui ont l'art céphalopode d'enrober d'encre les problèmes, n'a su trouver de solution à ce sujet, probablement parce que l'enseignement n'est pas une science, et que les sources de la crise se trouvent ailleurs.
Les enquêtes minutieuses qui ont été menées jusqu'à maintenant, sociologiques, psychologiques, pédagogiques etc., pour autant qu'elles soient parfois déformées pour des raisons idéologiques évidentes (optiques marxisantes, bourdiévistes, meiriévistes, égalitaristes, ultra-libérales, internationalistes etc.), s'appliquent à donner des chiffres, à cerner la question de façon soit quantitative, soit techniciste, comme si l'Ecole était un secteur autonome, qu'on chercherait d'ailleurs à étanchéifier en érigeant des barrières, en le sécurisant par des sas, en le théorisant par des concepts, fussent-ils pédagogiques.
Au fond, Bourdieu et Meirieu n'ont pas tort en portant l'accent sur la politique et la lutte sociale. Ce qu’on peut leur reprocher, c'est de prendre le parti de la destruction de l'Ecole, en voulant la diluer dans la société, laquelle devrait être justifiée par une idéologie niveleuse. Ils rejoignent ainsi le projet mondialiste de réduction de l'enseignement à de simples compétences fondamentales, adaptées au monde de l'entreprise, et fondées sur le concept d'employabilité. De ce fait, l'une et l'autre options étant cohérentes avec elles-mêmes, leur rencontre objective dans la programmatique des divers ministères qui se sont succédés ne serait que coïncidence si elles ne se rejoignaient sur un postulat, qui est celui de l'utilitarisme. Une bonne éducation ne saurait être qu'efficace. Il faut que ça marche, entendons dire dans ce langage simplifié des hommes politiques de maintenant.
Or un enseignement ne doit pas "marcher". Ni courir d'ailleurs, et encore moins demeurer statique. Autrement dit, l’Ecole n’est pas dépendante du « mouvement ». D'ailleurs, à partir de quels critères devrait-on évaluer le succès d'une telle machine, qui brasse des millions de jeunes gens, de la maternelle à l'université, et qui en présente une palette extrêmement disparate, non seulement en terme de niveaux, mais aussi en qualités humaines, en richesses et devenirs différents ? Qui peut d'ailleurs soutenir que le "succès" dans une discipline ou à une étape déterminée du cursus promet une réussite finale à la fin, ou même dans la décennie qui suit les études ?
Certes, on ne niera pas la valeur, ni éventuellement l'utilité relative de certaines recherches cognitives. Cependant, outre qu'il faudrait considérer, dans la pratique, si les conclusions de tels travaux sont fiables dans des classes surchargées, il est nécessaire de préciser ce que sont les objectifs réels de l'enseignement selon les niveaux (car on ne demandera pas à un collégien de retenir ce que la mémoire d'un lycéen gardera).
Toutes ces bonnes idées ont la fâcheuse tendance à omettre un facteur qui est déterminant : la conduite, le comportement, l'attitude des jeunes. Nous ne sommes pas dans une relation motivée de maître à disciple, ni dans la situation du préceptorat, ni dans un contexte civilisationnel de contrainte quasi militaire, comme au Japon. Les élèves, fruits de la permissivité d'une société laxiste et matérialiste, sont ce qu'ils sont, c'est-à-dire bien souvent des sauvageons, des êtres mal élevés, produits d'une mauvaise éducation, ou d'une absence d'éducation. Il est malhonnête d'avancer que les élèves ne seraient pas concentrés à cause des déficiences méthodologiques de l'enseignement prodigué. Le moins que l'on soit en droit de demander, c'est d'avoir face aux enseignants de jeunes gens sinon bienveillants, du moins non pourvus d'hostilité. Or, notre société ne valorise plus le savoir, mais la réussite matérielle, le carriérisme. Nul projet spirituel, humaniste ou même la simple curiosité intellectuelle, n'en constitue le fondement. Les professeurs sont obligés de se battre à mains nus contre des forces délétères, répugnantes (ignorance flattée, argent loué, force brute admirée) qui les dépassent, et dont les jeunes sont les réceptacles d'autant plus avides que leurs mauvais instincts sont flattés (y compris ce principe égocentrique du plaisir, de nature libérale, qui rive à la puérilité). Nulle part dans les programmes et recherches pédagogiques on ne voit les concepts d'effort, de travail, d'honneur (ce dernier, qui existait dans l'école ancienne, n'étant pas le moindre), ce que Platon nomme le « thumos », et qui est cette partie virile, combattive, que chacun porte en soi. Or, le bon comportement, à un certain âge, ne s'acquiert que par l’éducation, l'habitude, la contrainte, la répétition. Il en va de même pour certains apprentissages fondamentaux, liés à l'enseignement de la logique, à la connaissance et pratique de la langue etc.
Il est évident qu'il est utopique et d'ailleurs stupide de vouloir que l'élève retienne tout des cours. Qui se souvient exactement du contenu de ceux de collège, et même du lycée ? L’enseignant sème ce qui donnera lieu à la moisson. Toutefois, à mesure qu'on avance dans le cursus, on est amené à retenir davantage. Il est bon d’acquérir à l’école primaire, mais aussi au collège, des réflexes de base, ce qui servira toujours et évitera de la perte de temps et d’énergie. Pour le reste, celui qui a connu certaines joies, malgré des professeurs déficients, celle par exemple de rencontrer Montaigne, Rabelais, La Fontaine, Balzac etc., a de la chance, et peut espérer quelque bonheur dans sa vie.
On sous-estime en effet le facteur émotionnel. L'un des objectifs majeurs de l'enseignement des Lettres, pour prendre un exemple disciplinaire, est la culture de la sensibilité, de la dimension humaine, et le sens d'une hiérarchie des valeurs, tant dans l'ordre éthique que dans celui de l'esthétique (il existe des productions artistiques, par leur richesse, qui en dépassent d'autres).
Pour le reste, méthode holistique ou méthode analytique, approche linéaire, auditive, visuelle etc., tout cela n’est que secondaire. Du reste, pourquoi ne pas varier, et tenter de donner assez de devoirs, de textes, d'exercices, pour toucher toutes les personnalités ? Inutile de perdre du temps inutilement à couper les cheveux en quatre. Un cours est un équilibre entre la transmission magistrale et la dialectique constructive. On avise et on règle le tir en fonction de la réaction des élèves. Mais il ne faut pas croire que, parce qu'on connaît un succès ponctuel, tout soit gagné. Oui, l'élève oublie. Quelle importance ? On revient sur le même métier : la pédagogie est répétition.
Entendons-nous : on parle de gastronomie quand, par la force des choses, on n'a souvent affaire qu'à de la cuisine de cantine. Le travail ne peut être qu'empirique. Et d'ailleurs, comment pourrait-il en être autrement ? L'enseignement est un art, non une science. Il est aussi une rencontre entre des personnes. La première tâche du maître est de parvenir à transmettre sa passion. Il n’est pas rare de croiser des pédagogues experts, savants, érudits, « qui ont travaillé sur la question pendant quarante ans », comme on entend fréquemment, et qui sont ennuyeux comme la mort. Aiment-ils seulement ce qu’ils enseignent, en dehors de leur technique, et parfois leur jargon ? A se réfugier dans la technique, on manque l'essentiel : l'échange, surtout un échange qui ait du sens.
Le but de l'enseignement n'est pas l'acquisition d'une logique, ou de méthodes, même si l’on ne peut nier l'importance de ces capacités. Il s'agit de faire des hommes. La contrainte, qui exige une adaptation et un effort de la part des individus plongés dans un univers qui possède ses lois, la sensibilité et l'imagination (malaisément évaluables), la finesse (contre l'esprit de géométrie : voir Pascal !) sont des objectifs bien plus importants que l'obtention de compétences destinées à une bonne productivité en entreprise.

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